Le verdict est tombé : l’État français a été condamné pour son inaction concernant l’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et à la Sexualité (EVARS). Alors que la loi prévoit trois séances annuelles depuis 2001, la réalité dans les classes est loin du compte. Chez Graines d’Égalité, nous décryptons pour vous les enjeux de cette décision et pourquoi il est urgent de transformer ce droit théorique en réalité concrète.
Un droit fondamental, pas une option pédagogique
Il est essentiel de rappeler que l’éducation à la sexualité n’est pas une question d’opinion ou de choix facultatif pour les établissements. C’est un droit de l’enfant.
D’où vient ce droit ?
Ce droit repose sur un empilement de textes protecteurs :
Au niveau international : Il découle de la Convention internationale des droits de l'enfant (1989), qui stipule que chaque enfant a droit à une information lui permettant de préserver sa santé et d'être protégé contre toute forme de violence.
Au niveau national : C'est la loi Aubry du 4 juillet 2001 qui a gravé cette obligation dans le marbre français, imposant au moins trois séances annuelles d'éducation à la sexualité dans les écoles, collèges et lycées.
Ce que ce droit implique
Dire que l'éducation à la sexualité est un droit implique trois responsabilités majeures pour l'État :
Une mission de protection : Donner les mots et les concepts (comme le consentement) est le premier rempart contre les violences sexuelles.
Une mission d'émancipation : Garantir l'accès à une information scientifique, laïque et objective, libérée des tabous et des stéréotypes.
Une mission de santé publique : Informer sur la contraception et la prévention, mais aussi sur la gestion des émotions et le respect de l'autre.
Le constat : Une loi restée trop longtemps "lettre morte"
Malgré ce cadre légal solide vieux de plus de 20 ans, le Conseil d'État a dû trancher : l'État est en faute. Manque de directives, manque de temps alloué et, surtout, manque criant de formation des personnels enseignants. Cette condamnation historique rappelle que l’EVARS est une obligation institutionnelle, et non une variable d'ajustement.
Les défis de 2026 : Au-delà des chiffres, des actes
Si le gouvernement a annoncé un budget de 119 millions d'euros et de nouveaux programmes, le compte n'y est pas encore sur le terrain.
La formation : Les enseignants ne peuvent être laissés seuls face à ces sujets complexes sans un accompagnement solide.
Le tissu associatif : Les associations spécialisées, actrices historiques de l'EVARS, voient leurs subventions diminuer alors que leur expertise est plus que jamais nécessaire.
En conclusion
Cette condamnation est une victoire pour toutes les organisations qui luttent pour une école plus inclusive et protectrice. En ce début d'année 2026, restons vigilants : l'éducation à l'égalité et au respect de l'intégrité de chacun ne doit plus être une exception, mais la règle.
Depuis plusieurs mois, la mise en œuvre de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) à l’école évolue rapidement.
Cette évolution s’appuie sur plusieurs signaux forts : la publication d’un programme national officiel par le ministère, et la tribune du Planning Familial qui a alerté sur la place laissée — ou plutôt retirée — aux associations dans ce dispositif.
À travers cet article, je propose un regard éclairé sur ce changement, et j’explique comment, à partir d’aujourd’hui, j’intègre dans mes prestations des séances auprès des élèves dans une logique de co-éducation et de formation en action des enseignant·es.
Une évolution notable du positionnement de l’Éducation nationale
Pendant longtemps, la doctrine officielle était très restrictive.
Dans la première version de la FAQ EVARS, publiée en février 2025, le ministère précisait explicitement :
« L’Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle doit être assurée exclusivement par les personnels de l’Éducation nationale. Il n’est pas prévu que des intervenants extérieurs, y compris associatifs, interviennent auprès des élèves dans ce cadre. »
Cette position avait suscité une forte inquiétude parmi les acteurs de la prévention et de l’éducation à la santé, en particulier le Planning Familial, qui intervenait depuis des décennies dans les établissements scolaires avec des agréments nationaux et départementaux.
La tribune du Planning Familial : alerte et appel à la co-éducation
Face à ce revirement, le Planning Familial de l’Isère, soutenu par des syndicats enseignants, des associations féministes et plusieurs professionnel·les de l’enfance, a publié en octobre 2025 une tribune nationale intitulée :
« Éduquer les enfants à l’égalité et au consentement est un sujet sérieux. »
Cette tribune dénonçait la mise à l’écart des associations et plaidait pour une approche collaborative entre l’école et les structures expertes de la prévention des violences sexuelles et de la promotion de l’égalité.
Elle rappelait que l’éducation au consentement, à l’égalité et au respect du corps ne s’improvise pas, et que les enseignants doivent pouvoir être accompagnés et formés sur ces sujets complexes.
Une FAQ révisée : l’ouverture encadrée aux intervenants extérieurs
Quelques semaines plus tard, la FAQ officielle EVARS a été mise à jour sur le site du ministère de l’Éducation nationale.
La nouvelle version stipule désormais :
« L’EVAR a vocation à être assurée en priorité par les professeurs des écoles. Ceux-ci peuvent être accompagnés […] par des personnels sociaux, de santé ou, à titre exceptionnel, par d’autres intervenants extérieurs, sous réserve d’une autorisation préalable et du respect strict des principes de neutralité et de la présence effective du professeur. »
Cette évolution, bien que subtile, change tout :
Les associations et acteurs extérieurs ne sont plus exclus ;
Leur intervention est possible, à condition d’être autorisée, encadrée et co-animée ;
Le ministère reconnaît ainsi la complémentarité entre expertise pédagogique et expertise de terrain.
C’est une ouverture vers un modèle de co-éducation, où l’école reste le cœur de l’action, mais où les professionnel·les peuvent venir soutenir, outiller et former les enseignants directement dans le contexte de classe.
Mon positionnement : former en co-éducation, sur le terrain
Dans ce nouveau cadre, Graines d’Égalité fait évoluer ses interventions.
Dès aujourd’hui, j’intègre dans mes prestations des séances menées auprès des élèves, toujours en présence et en collaboration avec les enseignant·es.
L’objectif n’est pas de remplacer l’école, mais de accompagner les équipes pédagogiques en situation réelle, pour leur permettre de s’approprier les contenus EVARS et de devenir autonomes dans leur mise en œuvre.
Concrètement, mes interventions consistent à :
co-animer des séances en classe (égalité filles-garçons, émotions, consentement, respect du corps) ;
modéliser des pratiques et des outils concrets pour que les enseignants puissent les reproduire ;
proposer un temps de retour réflexif pour relier ces actions aux objectifs du programme EVARS ;
inscrire chaque action dans une logique de continuité pédagogique.
Vers une autonomie accompagnée des équipes éducatives
Cette nouvelle lecture institutionnelle ouvre une voie de collaboration raisonnée entre l’école et les acteurs engagés pour l’égalité et la prévention.
Elle reconnaît qu’il faut du temps, des compétences, et une pluralité de regards pour aborder ces questions sensibles.
En co-éducation, enseignants et intervenants peuvent agir ensemble :
pour prévenir les violences,
construire une culture du respect,
et offrir aux enfants un espace d’apprentissage cohérent, sécurisant et émancipateur.
Graines d’Égalité s’inscrit pleinement dans ce cadre.
Je propose dès aujourd’hui des accompagnements en co-intervention, pensés comme une formation en action, au service des équipes éducatives et du développement de l’autonomie des enseignant·es.
Parce qu’éduquer à l’égalité, au consentement et au respect du corps, ce n’est pas seulement une obligation institutionnelle :
c’est une responsabilité partagée — et une formidable opportunité de transformation collective.
Créée en 2024, Lift propose des modules d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) aux établissements scolaires publics et privés.
Se présentant comme « neutre et laïque », la structure est pourtant financée à près de 100 % par le milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin, connu pour son opposition au droit à l’avortement et son soutien à des politiques natalistes chrétiennes.
Lift a obtenu un marché public de 50 000 € avec la région Auvergne-Rhône-Alpes pour des interventions en lycée, et collabore avec des écoles proches de l’enseignement catholique. Plusieurs personnes associées à la conception de ses contenus sont issues de milieux catholiques conservateurs, soulevant des doutes sur la neutralité et la conformité aux programmes officiels d’EVARS.
Source : Fanny Marlier, « Un organisme d’éducation à la sexualité financé par Stérin place ses pions à l’école publique », Mediapart, 3 octobre 2025.
⚠️ Message de vigilance à l’attention des professionnel·les de l’éducation
Face à la multiplication d’acteurs privés se positionnant sur le champ de l’EVARS, il est essentiel de rester vigilant·e quant à l’origine et aux valeurs portées par les structures de formation ou d’intervention.
Même lorsque les discours paraissent neutres ou bienveillants, certaines organisations véhiculent, parfois subtilement, des représentations genrées, moralisatrices ou contraires aux principes de laïcité et d’égalité.
👉 Avant de collaborer ou de se former, il est recommandé de vérifier le passif, les sources de financement et les affiliations idéologiques des associations ou entreprises concernées.
S’appuyer sur des ressources validées par l’Éducation nationale, des chercheur·euses en sciences de l’éducation, ou des organismes reconnus pour leur expertise et leur engagement pour l’égalité et les droits humains, reste le meilleur gage d’une éducation réellement émancipatrice.
En novembre, j’ai consacré une grande partie de mon temps à renforcer mes compétences en éducation à la sexualité et à accompagner différents publics sur la thématique de l’égalité filles-garçons, de l’école primaire à l’université.
J’ai démarré deux parcours de formation proposés par le Planning Familial de l’Isère sur l’éducation à la sexualité.
Le premier est une formation de base de 35 heures, en 5 jours, qui permet de travailler ses représentations des sexualités, de s’approprier le cadre institutionnel de l’EVARS, de découvrir des outils d’animation et de construire pas à pas des séances adaptées aux publics jeunes.
En parallèle, j’ai commencé un module complémentaire “Santé sexuelle” (28 heures sur 4 jours), centré sur la contraception, l’IVG, les IST, la réduction des risques et la prévention des violences patriarcales. L’objectif est de consolider mes connaissances et de disposer d’outils encore plus précis pour aborder ces sujets sensibles avec les équipes éducatives et les enfants, dans une démarche d’éducation populaire.
J’ai animé une première séance de formation d’1h30 auprès d’une équipe éducative sur la thématique de l’égalité filles-garçons en milieu scolaire. Cette séance inaugurale posait un socle commun de connaissances : cadre historique et institutionnel, définition de l’égalité filles-garçons, construction sociale du genre dès la petite enfance, rôle de l’école dans la reproduction ou la réduction des inégalités. L’objectif était de nourrir la réflexion collective de l’équipe et de préparer la seconde séance prévue en janvier, plus centrée sur les filles, les mathématiques et les sciences.
Toujours sur cette même thématique, j’ai animé une formation à destination d’étudiant·es de licence à l’Université Grenoble Alpes. Il s’agissait de leur apporter des repères théoriques et des exemples concrets de pratiques égalitaires, pour qu’ils et elles puissent, à leur tour, intégrer les enjeux de genre et d’EVARS dans leurs futures pratiques professionnelles.
Enfin, j’ai participé à la journée de colloque annuelle de l’association Femmes & Sciences, intitulée « L’égalité en sciences : agir de l’école maternelle à l’enseignement supérieur ». Cette journée rassemblait chercheur·euses, enseignant·es et acteurs et actrices de terrain autour d’un constat : la sous-représentation des filles dans certaines spécialités scientifiques au lycée et dans les filières STEM, ainsi que l’écart d’appétence pour les mathématiques qui apparaît dès la fin du CP. Le colloque mettait en lumière des actions concrètes pour déconstruire les stéréotypes, proposer des rôles-modèles féminins et renforcer la confiance des filles en mathématiques, de la maternelle au supérieur. Je vous ferai un article très bientôt pour la ressourcerie.
Ce mois de novembre a aussi été l’occasion de préparer la sortie, en janvier 2026, de mon outil pédagogique « Les Aventures de Luma ». Il s’agit d’un ensemble d’albums jeunesse pensés pour l’EVAR, de la petite section au CP, chacun accompagné d’un dossier pédagogique clé en main : fiches de séances, propositions d’activités, supports de langage, jeux et ateliers à mener en classe. C’est un outil tout-en-un qui permet aux équipes éducatives de couvrir l’ensemble du programme EVAR de l’année, en abordant avec les enfants les émotions, le consentement, les secrets, les stéréotypes de genre, le respect du corps et des autres, dans un cadre sécurisant et adapté à chaque âge.
À partir de la rentrée, je proposerai aux équipes éducatives de l’Isère (écoles, crèches, périscolaire, structures jeunesse…) des temps d’analyse de la pratique professionnelle (APP), en distanciel ou en présentiel.
L’objectif : offrir un espace sécurisé et régulier pour réfléchir ensemble aux situations rencontrées avec les enfants, ajuster les pratiques et consolider les projets autour de l’égalité filles-garçons et de l’EVAR (Éducation à la Vie Affective et Relationnelle).
Avant : construire un projet solide et cohérent
En amont de la mise en place de séances avec les enfants, je peux accompagner les équipes à :
Clarifier le cadre : objectifs, niveaux de classes ou tranches d’âges concernés, calendrier.
Situer le projet dans les textes officiels (EVAR, égalité filles-garçons, prévention des violences).
Co-construire une démarche : choix des thèmes, progressions, supports (albums jeunesse, jeux, dispositifs de parole, affichages, etc.).
Monter le projet : rédaction de fiches-actions, communication avec les familles, articulation avec les autres projets d’école ou de structure.
Cet accompagnement peut prendre la forme de formations ciblées et d’un soutien à la conduite de projet, en visio ou sur place.
Pendant : ne pas être seul·e face à la classe
Au moment de la mise en œuvre, je peux intervenir :
En co-intervention dans les classes ou groupes d’enfants : pour porter à deux la séance (enseignant·e + intervenante extérieure), sécuriser le cadre, gérer les questions sensibles, ajuster en direct.
En mettant à disposition des outils clés en main :
fiches d’activités,
grilles d’observation,
supports d’animation et albums jeunesse déjà analysés,
documents d’accompagnement pour l’équipe.
L’idée est que les professionnel·les puissent s’appuyer sur des ressources prêtes à l’emploi tout en gardant la main sur leurs choix pédagogiques.
Après : analyser la pratique et faire évoluer les séances
Les séances d’Analyse de la Pratique Professionnelle (APP) viennent compléter ce dispositif. Elles permettent de :
Prendre du recul sur ce qui s’est passé en séance : ce qui a bien fonctionné, ce qui a été difficile, ce qui a surpris.
Mettre en mots les tensions et les questions (réactions d’enfants, remarques de familles, résistances dans l’équipe…).
Identifier des pistes d’ajustement : reformuler une consigne, modifier un support, repositionner un cadre, prévoir une séquence complémentaire.
Nourrir une culture commune d’équipe autour de l’égalité, du respect du corps, du consentement, des stéréotypes de genre, etc.
Ces temps d’APP pourront être organisés :
En distanciel (visioconférence) pour faciliter la participation de plusieurs sites,
ou en présentiel au sein de la structure, pour travailler au plus près du terrain.
Pour qui et comment en bénéficier ?
Ces accompagnements s’adressent :
Aux écoles maternelles et élémentaires,
Aux structures petite enfance (crèches, multi-accueil, relais petite enfance…),
Aux équipes périscolaires et jeunesse.
Si vous souhaitez mettre en place un projet autour de l’EVARS ou de l’égalité filles-garçons, ou si vous avez déjà expérimenté des séances et ressentez le besoin de les retravailler, nous pouvons construire ensemble un parcours “avant / pendant / après” adapté à votre réalité de terrain.
👉 Pour en savoir plus ou organiser un premier échange, vous pouvez me contacter via le formulaire du site ou par mail.